De nouvelles pistes pour inclure les personnes ayant des incapacités intellectuelles au marché du travail

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Le professeur Sylvain Letscher en compagnie de la conseillère pédagogique Edith Jolicoeur.

2019-02-11

De nouvelles pistes pour inclure les personnes ayant des incapacités intellectuelles au marché du travail

Des chercheurs en sciences de l’éducation de l’UQAR viennent de dévoiler les résultats d’une recherche qui propose de nouvelles pistes pour inclure les personnes ayant des incapacités intellectuelles au marché du travail.

Près de 75 % des personnes ayant une incapacité intellectuelle n’ont pas de travail au Québec. « Alors que nous sommes dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, c’est plutôt questionnant d’avoir autant de personnes inactives », observe le professeur Sylvain Letscher, qui a dirigé la recherche avec la conseillère pédagogique Edith Jolicoeur.

La recherche, soutenue par un fonds institutionnel de recherche de l’Université du Québec à Rimouski, visait à dresser un portrait des connaissances sur l’inclusion et la participation des personnes ayant des incapacités intellectuelles dans leur environnement de travail. Une vingtaine de participants, dont des personnes ayant des incapacités intellectuelles, des parents, des enseignants, des professionnels d’un Centre intégré de santé et de services sociaux, d’un service externe d’aide à la main d’œuvre, d’une association de défense des droits de la personne et des employeurs, ont participé à cette recherche réalisée entre 2016 et 2018.

Les entreprises et les organisations employant les participants à la recherche ont identifié des barrières inhérentes à l’environnement du travail qui freinent l’embauche de personnes ayant une déficience intellectuelle. Parmi celles-ci, notons la durée limitée de la subvention d’emploi, le respect des conventions collectives et les diplômes requis pour occuper un emploi. Certains employeurs ont aussi mentionné qu’il est difficile de trouver des tâches constantes et routinières pour ces employés. 

« Certaines règles devraient être redéfinies pour diminuer les contraintes administratives. L’un des employeurs interrogés faisait valoir qu’en intégrant une stagiaire ayant une déficience intellectuelle comme employée régulière, il faudrait qu’il diminue ses heures de 5 à 10 heures par semaine au lieu d’un temps plein en raison de l’ancienneté. C’est un peu paradoxal », indique Edith Jolicoeur, qui est collaboratrice à l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme (IUDITSA).

Chercheur associé au Laboratoire international sur l’inclusion scolaire (LISIS) et au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS), le professeur Letscher préconise plutôt, comme le rapportent les participants, « l’imposition d’un quota d’employés ayant des incapacités et la promotion d’entreprises inclusives. Cela pourrait permettre de donner plus de visibilité aux personnes vivant des situations de handicap. » 

Les chercheurs proposent également de favoriser la collaboration entre les milieux scolaires, les organisations et les entreprises qui emploient des personnes ayant des incapacités intellectuelles. « Un meilleur maillage permettrait une continuité dans les services et une adéquation entre les aptitudes des employés et les exigences du marché du travail », mentionne M. Letscher. 

La recherche a, par ailleurs, permis de sonder les travailleurs ayant des incapacités intellectuelles quant à l’appréciation de leur emploi. « Les travailleurs interrogés ont indiqué qu’ils sont satisfaits de leur situation sur le marché du travail et du climat qui règne dans leur environnement de travail. Règle générale, ce sont des employés qui sont attachés à leur travail et par lequel ils sont en mesure de s’intégrer. Plusieurs participants ont souligné que leur constance compense le fait que certaines tâches sont effectuées un petit peu plus lentement que lorsque c’est un employé régulier qui les fait », conclut Mme Jolicoeur.

Soulignons que la professeure Pauline Beaupré (UQAR), la professeure Élise Milot (Université Laval), le professeur Mathieu Point (Université du Québec à Trois-Rivières) et la professeure Francine Julien-Gauthier (Université Laval) ont également pris part à la recherche.  

Source : 
Jean-François Bouchard 
UQAR, 11 février 2019 

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