L’activité entrepreneuriale émergente en perte de vitesse au Québec | Réseau de l'Université du Québec

L’activité entrepreneuriale émergente en perte de vitesse au Québec

Image de l'article

Marc Duhamel et Étienne St-Jean sont chercheurs à l’INRPME et professeurs à l’École de gestion de l’UQTR.

2019-05-01

L’activité entrepreneuriale émergente en perte de vitesse au Québec

Dans leur sixième analyse consécutive, les professeurs Étienne St-Jean et Marc Duhamel de l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), tous deux chercheurs à l’Institut de recherche sur les PME (INRPME), ont constaté que pour la toute première fois depuis 2013, l’indice phare de l’activité entrepreneuriale recule au Québec alors qu’il continue sa progression dans le reste du Canada selon l’enquête du Global Entrepreneurship Monitor 2018

En effet, les chercheurs notent un changement important dans la progression observée du total de l’activité entrepreneuriale émergente (ou TEA) au Québec qui s’établit à 13 % de la population adulte en 2018, un recul de 3,7 % par rapport à 2017, alors qu’il atteint 20,4 % dans le reste du Canada, une progression de 1 % par rapport à 2017.

« Puisque c’est l’indice le plus important pour évaluer la santé de l’écosystème entrepreneurial d’une économie, ce premier recul du TEA depuis 2013 laisse planer le spectre d’une activité entrepreneuriale moins dynamique et d’une économie moins performante et innovante dans les années à venir », selon le professeur Étienne St-Jean. « Même si la situation actuelle du marché de l’emploi réjouit la plupart des travailleurs québécois, ce recul du TEA n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie du Québec à moyen et à long terme », d’ajouter le professeur et économiste Marc Duhamel. 

Activité entrepreneuriale moins dynamique pour les années à venir ?

Les deux professeurs de l’École de gestion de l’UQTR font remarquer dans leur rapport qu’un nombre important d’indicateurs-clés qui mesurent la vitalité et le dynamisme de l’entrepreneuriat sont également en retrait par rapport aux années précédentes. Ainsi, les chercheurs notent une forte baisse de l’intention d’entreprendre, du nombre d’entrepreneurs naissants et de l’activité entrepreneuriale d’opportunité en 2018.

L’impact du plein emploi

De plus, un sentiment perçu de compétence en baisse pour la première fois depuis 2014 et la montée de la peur de l’échec chez les entrepreneurs québécois sont d’autres facteurs venant assombrir le portrait de l’entrepreneuriat québécois en 2018. « Malgré un contexte économique favorable pour les entrepreneurs québécois en 2018, nous croyons que la situation du marché du travail aura réussi à freiner les élans d’un bon nombre de personnes pour les phases initiales de l’activité entrepreneuriale : le plein emploi pourrait décourager ou retarder l’intérêt de certains à profiter des opportunités entrepreneuriales perçues qui sont tout de même en hausse au Québec depuis 2015 », souligne le professeur Marc Duhamel. « Et puisque la proportion des nouveaux entrepreneurs et des entrepreneurs établis affiche une stabilité depuis 2016, le portrait de l’activité entrepreneuriale n’est pas complètement sombre », d’ajouter le professeur Étienne St-Jean. 

 

L’entrepreneuriat hybride est préoccupant

 Les auteurs du rapport font d’ailleurs remarquer deux nouveautés dans le rapport de cette année où le Québec fait bonne figure en 2018, comparativement aux autres régions canadiennes : un tout nouvel indice qui mesure la perception de la visibilité des entreprises dont la mission principale est sociale et la facilité à démarrer une nouvelle entreprise au Québec. Par contre, « l’entrepreneuriat hybride, soit le fait d’être en affaires tout en ayant un emploi en tant que salarié pour une autre organisation, est particulièrement préoccupant pour le Québec », rappelle le professeur St-Jean. « Comparativement aux autres provinces canadiennes, la compilation des échantillons de 2016 à 2018 montre que seulement 17,6 % des entrepreneurs émergents du Québec se dévouent entièrement à leur projet d’affaires, alors que cette proportion est de 29,9 % dans l’ensemble des autres provinces », observe le professeur Étienne St-Jean. « Cela soulève des doutes quant à la productivité et la performance de plusieurs de ces entrepreneurs hybrides », d’ajouter le professeur Duhamel. Les analyses des deux chercheurs montrent que l’entrepreneuriat hybride est en hausse constante depuis 2013, et que ce taux a particulièrement augmenté pour les femmes dans la dernière période étudiée (2016-2018). « Pourquoi tant d’entrepreneurs du Québec choisissent-ils de conserver un emploi salarié à l’extérieur de leur organisation tout en dirigeant celle-ci ? Pourquoi les femmes semblent-elles s’engager dans l’entrepreneuriat hybride de manière plus marquée récemment ? Il s’agit de questions préoccupantes que nous comptons approfondir dans les prochains mois », précise le professeur St-Jean.

Consultez le rapport complet du GEM 2018

L’enquête du GEM

L’enquête du GEM constitue la plus grande étude comparative portant sur le dynamisme entrepreneurial dans le monde. Jusqu’à aujourd’hui, près d’une centaine d’équipes nationales se sont investies à mesurer l’activité entrepreneuriale aux quatre coins du globe. Depuis 2013, le volet québécois de cette enquête est présenté par des chercheurs de l’INRPME à l’UQTR.

Le rapport sur la Situation de l’activité entrepreneuriale québécoise (2018) a pu être produit grâce à la collaboration de l’équipe canadienne du GEM et au soutien financier du ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) du Québec.

Source :
Service des communications 
UQTR, 26 avril 2019 

Toutes les actualités de l'UQTR >>>