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Pour des forêts plus résilientes

2020-09-02

Pour des forêts plus résilientes

La gestion des forêts tempérées nordiques – comme celle du Centre-du-Québec – n'est pas bien adaptée pour maintenir la résilience de la forêt face aux changements climatiques. Telle est la conclusion de l’étude Network analysis can guide resilience-based management in forest landscapes under global change, publiée dans la revue Ecological Applications, et dont les auteurs principaux sont Marco Mina, postdoctorant au Département des sciences biologiques, et Christian Messier, professeur au même département. Des collègues de l'Université de Toronto et de Harvard Forest ont également contribué à la recherche.

Les chercheurs estiment que le paradigme forestier privilégié par les autorités, qui consiste à maximiser la productivité d’un petit nombre d’espèces d’arbres au détriment du maintien d’une diversité maximale, n’est pas viable à long terme. «Le réchauffement climatique favorisera la dominance des espèces de feuillus au détriment des conifères boréaux, explique Marco Mina. Cela entraînera une perte de la diversité des paysages forestiers et diminuera la résilience.»

La baisse de diversité est aussi associée à une perte de connectivité fonctionnelle – le degré de connexion entre les arbres sur le plan de leurs composantes, de leur répartition spatiale et de leurs fonctions écologiques. La connectivité assure le fonctionnement et la stabilité des écosystèmes en permettant, par exemple, le déplacement des animaux ou le déroulement d’un processus écologique.

Selon le postdoctorant, les arbres, des organismes à croissance lente, ont de la difficulté à suivre le rythme rapide des changements climatiques. «Les arbres ne peuvent réagir rapidement aux perturbations qui affectent la capacité de la forêt à fournir d'importants services écosystémiques – bois, loisirs, eau potable», affirme-t-il.

Nouveau modèle d’analyse

Pour leur étude, les chercheurs ont créé un nouveau modèle combinant analyse de réseau et modélisation écologique. Ils ont ainsi représenté toute la région du Centre-du-Québec – dont 40 % du territoire est composé de forêts – en un réseau fonctionnel. Ce modèle leur a permis d'analyser comment les forêts de la région vont se transformer au cours des prochaines décennies, avec des changements dans la biomasse des espèces et les types de forêts, ainsi que l’effet de ces changements sur la diversité et la connectivité fonctionnelles, deux indicateurs importants de la résilience.

L'idée de considérer les paysages fragmentés comme un réseau complexe pourrait aider à coordonner les pratiques sylvicoles dans la région, croit Marco Mina. «La planification d'interventions dans des zones stratégiques limitées pourrait être la clé du maintien de la résilience des paysages.»

«Notre étude démontre que l’aménagement forestier pourrait devenir une force positive afin d’augmenter la résilience de nos forêts face aux différentes menaces et incertitudes écologiques, biologiques et économiques», ajoute Christian Messier, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la résilience des forêts face aux changements climatiques et directeur scientifique de l’Institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais. «Mais, pour ce faire, il faudra que les aménagistes acceptent de changer le paradigme actuel de la gestion forestière.»

Changement climatique ou changement global?

En plus du réchauffement climatique, d’autres facteurs – ravageurs, agents pathogènes exotiques, changements socioéconomiques, perturbations naturelles – pourraient avoir un impact inattendu sur les forêts. «C'est pourquoi il est essentiel d'adapter nos forêts au climat futur et de les doter de toutes les propriétés nécessaires pour les rendre plus aptes à se rétablir après des événements inattendus», estime Marco Mina.

Selon le postdoctorant, cette étude représente la première étape vers une approche de gestion plus intelligente de la forêt. «La gestion forestière au Québec doit devenir plus novatrice, plus vigoureuse et plus proactive que les régimes sylvicoles conventionnels, estime Marco Mina. Le principal défi consistera à évaluer, concevoir et proposer des initiatives coordonnées pour favoriser la diversité et la connectivité fonctionnelles.» 

Source :
Service des communications
UQAM, 1er septembre 2020

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