Sonder l’infiniment petit pour diagnostiquer et traiter la maladie d’Alzheimer | Réseau de l'Université du Québec

Sonder l’infiniment petit pour diagnostiquer et traiter la maladie d’Alzheimer

2019-09-11

Sonder l’infiniment petit pour diagnostiquer et traiter la maladie d’Alzheimer

« À l’heure actuelle, lorsque la maladie d’Alzheimer est diagnostiquée, le cerveau a épuisé ses moyens de compenser les pertes », s’attriste le professeur Charles Ramassamy, titulaire de la Chaire de recherche Louise et André Charron sur la maladie d’Alzheimer. Il explique qu’on ne dispose d’aucun marqueur biologique sanguin qui pourrait permettre de détecter la maladie, ce qui donnerait l’occasion de retarder ou d'en ralentir la progression. À l’Institut national de la recherche scientfique (INRS), son équipe fouille dans les poubelles des neurones, suggérant qu’un neurone malade n’aura pas les mêmes déchets qu’un neurone en santé.

Chaque cellule génère des déchets qui sont expulsés dans de petites vésicules appelées exosomes. Ces vésicules infiniment petites sont l’équivalent d’un sac poubelle et il contient des molécules variées, différentes d’un organe à un autre. Les exosomes se retrouvent tous dans le sang pour être traités et éliminés. 

Lors d’une prise de sang, on ne peut pas détecter directement le contenu des exosomes puisqu’il est protégé, enveloppé, et donc inaccessible par les méthodes d’analyse conventionnelles. Le défi est donc d’isoler et d’analyser ces petites vésicules qui mesurent quelques millionièmes de millimètre. 

« Nous devons travailler à une nouvelle échelle, » dit le professeur Ramassamy, précisant que les exosomes peuvent être considérés comme des nanoparticules produites par le corps. Ayant pris un essor au cours de la dernière décennie, la recherche sur les nanoparticules a joué en sa faveur : des outils d’une grande précision ont été développés pour les analyser. 

Équipée depuis peu d’un NanoSight, un appareil permettant de visualiser et de caractériser les nanoparticules, l’équipe du neuroscientifique a pu isoler des exosomes et, surtout, analyser leur contenu en quête de biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer. « Nous sommes optimistes, car nous avons quelques molécules qui attirent notre attention, » lance-t-il en souriant.

Le programme de recherche du professeur Ramassamy s’intéresse également à de nouveaux moyens d’acheminer les médicaments vers le cerveau. Justement, il mise sur des nanoparticules pour faire une livraison précise et ciblée. Les défis sont nombreux, principalement en raison de la barrière entre le sang et le cerveau qui ne laisse pas passer n’importe quoi vers les neurones. Cependant, cette approche aurait l’avantage de réduire la quantité de médicament nécessaire pour le traitement, tout en augmentant l’efficacité des médicaments, comme l’explique le professeur : « Les patients atteints de la maladie d’Alzheimer souffrent des effets secondaires des médicaments qui réduisent leur qualité de vie. En ce moment, pour qu’une faible quantité de médicament atteigne le cerveau, il faut donner de grandes doses. Si nous parvenons à ne livrer que la quantité nécessaire directement où elle est utile, le traitement sera moins éprouvant. »

La Chaire de recherche Louise et André Charron sur la maladie d’Alzheimer et l’acquisition du NanoSight sont financés par la Famille Charron et la Fondation Armand-Frappier. 

Source :
Stéphanie Thibault
INRS, 15 juillet 2019

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