Lier perte de l’odorat et trouble du sommeil pour détecter le Parkinson | Réseau de l'Université du Québec

Lier perte de l’odorat et trouble du sommeil pour détecter le Parkinson

2020-11-24

Lier perte de l’odorat et trouble du sommeil pour détecter le Parkinson

Trouble de l’odorat et trouble du sommeil : deux clés de prime abord peu liées entre elles mais qui pourraient ouvrir la porte au dépistage précoce du Parkinson, une maladie dégénérative touchant 10 000 nouvelles personnes chaque année au Canada. « Les personnes à haut risque de développer cette maladie présenteraient à la fois un trouble du sommeil et un trouble de l’odorat qui, mis ensemble, pourraient nous permettre de détecter la présence de la maladie 10 à 15 ans avant l’apparition des premiers tremblements », soutient Johannes Frasnelli, professeur au Département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Évidemment, toutes les personnes atteintes d’un trouble de l’odorat – qui comptent pour 20 % de la population – ou d’un trouble du sommeil ne développeront pas la maladie de Parkinson. Mais souffrir simultanément de l’un et l’autre pourrait permettre de déterminer un profil-type de patients et, ainsi, effectuer un dépistage assez tôt afin d’intervenir avant que les neurones ne commencent à dégénérer.

La piste de l’odorat

Depuis plusieurs années, le professeur Frasnelli suit la piste du trouble de l’odorat pour espérer détecter la maladie de Parkinson de façon précoce : « On sait que 90 % des personnes qui en sont atteintes souffrent d’un trouble de l’odorat et que c’est une condition précédant l’apparition des troubles moteurs. »

L’enjeu est de discriminer, dans la population atteinte d’un trouble de l’odorat, les personnes à risque de développer le Parkinson. À travers ses recherches, le professeur Frasnelli a trouvé que la mesure combinée des systèmes olfactif et trigéminal permettrait de déterminer un pattern spécifique de déficience chimiosensorielle et en arriver à un outil de dépistage précoce viable.

Le système trigéminal est un système sensoriel au sens propre du terme, empruntant également les voies buccales et nasales, qui permet la perception de sensations comme le piquant du piment fort, le picotement du wasabi ou le rafraîchissant de la menthe poivrée. Contrairement aux personnes ayant une dysfonction olfactive qui atteint à la fois l’odorat et le système trigéminal, ce dernier ne serait pas affecté chez les patients souffrant de Parkinson.

« Normalement, lorsqu’il y a une réduction de l’odorat, on observe également une réduction du système trigéminal. Dans le cas de la maladie de Parkinson, nous travaillons à partir de l’hypothèse que l’odorat subit une réduction, mais pas le système trigéminal », expliquait le chercheur dans un article paru sur le sujet en 2017 dans Néo UQTR.

La nouvelle piste du sommeil

Johannes Frasnelli est également chercheur à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et participe à un groupe de recherche dont les travaux portent sur le sommeil. Cette collaboration lui a permis de lier ses recherches sur l’odorat à cette nouvelle piste d’un trouble du sommeil chez les personnes atteintes du Parkinson. « Nous savons que le trouble du comportement du sommeil paradoxal a une probabilité relativement grande d’y être associée », affirme le chercheur de l’UQTR.

Le trouble du comportement du sommeil paradoxal (TCSP) se manifeste durant les rêves, alors que l’on bouge les yeux en dormant – ce qu’on nomme le rapid eye movement en anglais – et que tous les autres membres de notre corps sont en quelque sorte paralysés. « Les personnes qui ont un TCSP vivent le rêve; par exemple si elles courent en rêvant, elles vont reproduire le geste de courir dans leur lit. Les recherches ont démontré que le fait d’avoir un TCSP apparaît comme la première phase d’un trouble dégénératif, et nous savons aussi que la médiane de ces patients-là présentent un trouble de l’odorat », soutient le professeur Frasnelli.

Il précise : « Au stade 1 de la maladie, c’est-à-dire avant l’apparition des symptômes moteurs, les patients auraient déjà un trouble de l’odorat. Puis, entre le stade 1 et le stade 2 apparaîtrait le TCSP, cela étant parce que la dégénérescence liée à la maladie de Parkinson affecte le centre de l’odorat et le centre du sommeil plusieurs années avant d’affecter les centres moteurs. »

L’objectif de son projet de recherche, financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) à hauteur de 840 000 $ sur 5 ans, consiste donc à évaluer les fonctions olfactive et trigéminale chez les patients ayant un trouble de l’odorat et ceux atteints de Parkinson, tout en analysant la prévalence du TCSP afin d’en arriver à un profil de personnes avec une forte probabilité de développer la maladie.

Lier les deux pistes pour une détection précoce

En résumé, les chercheurs savent maintenant que, d’un côté, les patients atteints de Parkinson présentent un trouble de l’odorat, mais pas d’atteinte du système trigéminal; de l’autre côté, que les patients ayant le TCSP sont à haut risque de développer la maladie. Par contre, l’un ou l’autre de ces deux marqueurs n’est pas en soi un indicateur probant, parce que plusieurs patients ayant un trouble de l’odorat ou le TCSP ne vont pas nécessairement avoir le Parkinson.

« Ainsi, notre hypothèse avance qu’en prenant les trois critères ensemble – trouble de l’odorat, système trigéminal non affecté, trouble du comportement du sommeil paradoxal –, nous pourrions déterminer qu’une personne affiche un profil hautement à risque de développer la maladie de Parkinson dans les 10 ou 15 années suivantes », résume Johannes Frasnelli.

Grâce à ses recherches, celui-ci espère contribuer au développement d’interventions pour freiner le progrès de la maladie. « L’absence de thérapie pour la maladie de Parkinson vient du fait que les neurones sont déjà dégénérés lorsqu’on pause le diagnostic. Si nous réussissons à effectuer un diagnostic plus tôt, alors que les neurones n’ont pas encore commencé à dégénérer, il serait possible de trouver des thérapies pour repousser le développement de la maladie de quelques années, voire d’en freiner la progression », conclut-il.

Source :
Service des communications
UQTR, 24 novembre 2020

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